Je ne sais pas si c’était la nature qui était ce jour-là en pleine effervescence, ou les participants à cette balade, mais les observations ont débordé des calepins et appareil-photos ! C’était le 10 mai dernier lors d’une balade-nature dans le vallon de Rochecardon.

Certes l’association Roch’nature n’est pas vraiment à sa première virée naturaliste depuis sa création … Cette dernière était particulièrement studieuse s’inscrivant dans le projet d’Atlas de Biodiversité Communale sur les Monts d’Or (ABC). Commencées déjà en 2024, en janvier et avril 2025, ces sorties alimentent peu à peu l’inventaire de la faune et de la flore du vallon.

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Dans la foisonnante végétation, arrêtons-nous sur le Rhinanthe à petites fleurs (Rhinanthus minor, de la famille des Orobanchacées). Cette jolie plante à fleurs jaunes s’épanouit dans les prairies, sa corolle en forme de casque semblant vouloir s’échapper d’un écrin à goulot étroit.

Mais savez-vous, l’air de rien, qu’elle est une véritable pique-assiette ? En effet ce petit Rhinanthe est un parasite ! Oui, oui ! qui vit donc aux dépens d’autres plantes. Mais il y a parasites et parasites, les « holos » et les « hémi ».

1- J’ai perdu ma chlorophylle, incapable de pratiquer la photosynthèse, et suis obligée de prélever toute la nourriture dont j’ai besoin sur d’autres plantes ;  je suis, je suis… une plante holoparasite, une « voleuse professionnelle » !

Une espèce d'Orobanche, parasite "professionnel" du lierre
Une espèce d'Orobanche, parasite "professionnel" du lierre

2- Je suis pourvue de chlorophylle me permettant de couvrir une partie de mes besoins en nourriture via la photosynthèse, mais la complétant en puisant d’autres éléments nutritifs vitaux sur des plantes hôtes ; je suis, je suis… une plante hémiparasite, une « voleuse occasionnelle » !

Le gui, voleur "occasionnel", parasite des arbres
Le gui, voleur "occasionnel", parasite des arbres

C’est le cas du Rhinante à petites fleurs qui ne vit bien que s’il peut dérober de la nourriture! Ce sera par la racine que se fera ce brigandage : dès que celle-ci rencontre un obstacle, la plupart du temps une racine d’une plante bien-aimée, elle va former un suçoir. Et hop ! On pourra siroter à loisir… notamment les graminées.

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Sur les 32 plantes recensées ce jour-là, certaines furent déjà étudiées le mois précédent et nous pouvions constater leur fructification comme pour la Benoîte commune ( Geum urbanum) qui par ses graines crochues se multipliera en s’agrippant aux poils des animaux ou aux vêtements. Voyage, voyage

Que dire de la Prêle des champs (Equisetum arvence de la famille des Equisetacées) pour laquelle Jacques loue ses bienfaits ? En effet, cette drôle de plante contient entre autres, des sels minéraux comme la silice qui lui confère un pouvoir de reminéralisation.
Appelée aussi Queue-de-cheval, Queue-de-rat, cette plante ne possède pas de fleurs, et se reproduit par une poussière de spores contenues dans des sporanges, sortes de petits écussons groupés en un épi terminal.

On se croirait à l'Ere Primaire lorsque les Prêles étaient des géantes !
On se croirait à l'Ere Primaire lorsque les Prêles étaient des géantes !

Une autre singularité : la succession sur la même plante de deux sortes de tiges. La première, rougeâtre et courte, sans chlorophylle, pousse au début de printemps et porte à son extrémité l’épi producteur de spores. Une fois sa fonction terminée, elle se flétrit et se trouve remplacée par une autre tige verte, cannelée, très ramifiée et divisée en segments séparés par des nœuds. C’est la tige stérile, seule partie de la plante possédant des propriétés médicinales !

Quittons un moment le monde végétal et laissons-nous porter par les chants des oiseaux. La promenade fut ponctuée de nombreuses haltes silencieuses qui nous ont émerveillés et instruits… Par son chant caractéristique, flûté et mélodieux, le Loriot d’Europe (Oriolus oriolus) était bien là, revenu de sa migration africaine. A défaut de l’apercevoir, écoutons-le !

Gravure du Loriot d'Europe tirée du livre "Nos bêtes" du Dr H. Beauregard (1896)
Gravure du Loriot d'Europe tirée du livre "Nos bêtes" du Dr H. Beauregard (1896)
Gravure du Troglodyte mignon tirée du livre "Nos bêtes" du Dr H. Beauregard (1896)

Lors d’un
véritable concert,
distinguer un chant particulier, s’y arrêter et donner ensuite le nom du volatile qui s’évertue à pousser sa mélodie, il faut s’appeler Didier ou Philippe pour égréner «C’est le Troglodyte mignon ! » et là «Le Pouillot véloce avec son « tsi tsop – tsi tsop assez reconnaissable !».

Pouillot véloce

Mais c’est bien la Huppe fasciée (Upupa epops) qui nous a tous scotchés ! Pas vue (dommage!) mais entendue ! Déjà son nom évoque un bel oiseau aux allures exotiques. Il porte au sommet de sa tête une crête longue et érectile, d’un beau beige rosé et semble avoir trempé l’extrémité de chaque plume dans de l’encre noire… Le plumage de son corps est rose-orangé ; du noir et du blanc strient joliment sa queue et ses ailes larges et arrondies. Un long bec fin et incurvé achève cet ensemble splendide…

Gravure de la Huppe fasciée tirée du livre "Nos bêtes" du Dr H. Beauregard (1896)

Ce fut un moment très furtif pour les premiers de cordée quand la silhouette d’une couleuvre à collier lovée dans les broussailles est apparue… Mais « prenant ses jambes à son cou  » ! ou plutôt la poudre d’escampette, aucun d’entre nous n’a eu le temps de la photographier…

Couleuvre à collier prise dans les Vosges en 2010

Cette matinée d’observation fut également un enchantement pour toutes ces petites bêtes que sont les papillons, les diptères, les coléoptères, … Mais il nous faudrait une sortie toute spécifique pour leur étude.

Carabus monilis s’est fait remarquer posant avec prestance sur la belle chemise de Didier !
C’est un coléoptère aux couleurs
irisées de teinte métallique : on l’appelle aussi le Carabe perlé ! C’est un sacré prédateur et un allié du jardinier. Il affectionne les prairies de fauche, les lisières des bois.

Que dire de cet arbuste déjà à moitié défolié et recouvert de fines toiles de soie blanche, semblables à une toile d’araignée?  C’est le Fusain d’Europe (Euonymus europaeus) qui « accueille » ces amas de chenilles agglutinées, fileuses d’une solide soie.

Là, c'est un Fusain en pleine forme avec ses fruits d'automne, les fameux "bonnets d'évêque"!
Voici la coupable ! Une des trois espèces d'Hyponomeutes inféodées au Fusain...

Commençons par le commencement ! Tout d’abord, un papillon de nuit dénommé Yponomeuta sp. et dont la femelle va pondre en automne des petits tas d’une cinquantaine d’œufs qu’elle colle sur les rameaux de notre fusain et les recouvre d’une sécrétion collante. Ensuite, des chenilles minuscules vont sortir de ces œufs et se développeront par plusieurs stades larvaires.

Continuons ce cheminement ! Au printemps, les jeunes larves quitteront ce bouclier hivernal et commenceront à manger feuilles et bourgeons. Puis, elles tisseront des voiles pour se protéger jouant le rôle de nid collectif.

Nous en étions donc là à ce stade, ce jour du 10 mai. Les Yponomeutes adultes émergeront du milieu à la fin de l’été.

Spectaculaire cette défoliation et cet « entoilement » de l’arbuste!!! Malgré la toxicité du Fusain d’Europe par ses fruits et ses feuilles, il est tout de même victime de ces chenilles fileuses.
Le phénomène ne dure que quelques semaines, avant que les feuilles du fusain ne repoussent vers fin mai, début juin.

Tout a une fin… Cette nature si généreuse, si époustouflante, continue à nous surprendre, à nous émerveiller. Il faut se résoudre à garder pour plus tard d’autres découvertes, d’autres ravissements.

Les participants souhaitaient vivement continuer ces explorations naturalistes. Nous avons donc programmé une prochaine sortie « Arbres – arbustes » à l’automne, toujours dans le cadre de l‘ABC et de notre partenariat avec le Syndicat Mixte Plaines Monts d’Or. Ces balades-nature nous permettent ainsi de renseigner un inventaire que nous lui transmettons.

Agnès, Pascale, Françoise, Anne-Marie, Johanna, Ezéchiel, Didier, Jacques, Philippe et Claude furent les naturalistes attentifs(ves) et passionnés(ées) de cette sortie!

le 3 juin 2025    Claude MILLET

5 commentaires

  1. Félicitations pour ce magnifique compte rendu
    Très belles photos et liens pour écouter le chant des oiseaux !

    Bravo !

  2. Lecture et commentaires très intéressants et instructifs
    Merci

  3. Passionnant, ce reportage ! Ce n’est pas nécessaire de faire des km pour voir toutes ces merveilles, nous les avons à notre porte. Continuons donc à œuvrer pour leur préservation.

  4. Magnifique balade virtuelle, qui nous fait regretter de n’avoir pu être des vôtres.
    Merci du partage et amitiés charbonnoises.

  5. Mille fois merci pour ce partage si vivant ! On s’y croirait !

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